Expositions à Vevey «Images» se déploie à travers la ville, dehors et dedans
Il y a une cinquantaine d’accrochages mêlant le «grand public» et la recherche. C’est la 10e édition de ce festival biennal.
Pair! C’est en général les années paires qu’ont lieu les biennales, à commencer par celles de Venise ou de Lyon. Vevey ne fait pas exception avec «Images», qui se déroule en ce moment pour la dixième fois depuis 2008. En 2020, le festival avait eu «le cul bordé de nouilles», comme on dit dans les salons les plus distingués. Il avait pu se dérouler librement entre deux confinements, amenant ainsi une bouffée d’air bienvenue. C’était alors le seul événement de l’automne, avec ce qu’il pouvait offrir de singulier. Les Romands ont pu voir «en présentiel» de la photo, bonne ou moins bonne, à l’intérieur comme à l’extérieur avant regagner pour quelques semaines des appartements tenant de l’hôpital et du coffre-fort.
Rien de tel en 2026. «Images» se retrouve aujourd’hui pris dans un maelström de manifestations suisses venant se chevaucher les unes les autres. Il suffit de regarder les affiches culturelles. C’est à qui en fera le plus. Il devient du coup difficile de parler d’un «événement incontournable» veveysan à cause d’une cinquantaine d’accrochages regroupés pour trois semaines. Il s’agit plutôt d’une promenade à accomplir par beau temps dans la félicité familiale. Avec un repas au bord du lac ou une glace entre deux visites. Quelques sujets difficiles y côtoient d’autres plus populaires. Un dosage bien géré par l’équipe aux commandes, que dirige l’inamovible Stefano Stoll. Ce savant cocktail comprend quelques expositions gadgets et d’autres abordant les grands problèmes du monde. «Images» possède en effet une conscience plus sociale que politique, pour autant qu’on puisse distinguer les deux choses. «We are family», nous dit ainsi le sous-titre de la cuvée (nous sommes en pays viticole!) 2026.
C’est ainsi la pauvreté, mais une pauvreté occidentale, qui unit les deux présentations les plus fortes de l’année. Dans L’Appartement, logé à l’intérieur de la gare, Richard Billingham nous raconte ainsi sa famille de Birmingham. Le père est alcoolique. Sa femme obèse, accompagnée d’une partie des siens, est partie vivre dans un immeuble tout aussi pourri, situé juste en face. Ce petit monde vit, ou plutôt survit, au jour le jour. On a parlé à propos de ce journal intime, publié dès 1996 par Scalo, d’une version européenne de Nan Goldin. Il s’agirait dans ce cas d’une mouture sans glamour. Nan a tout de même le désespoir et la morbidité assez chics. Même approche ou presque chez Stacy Kranitz, qui reste pourtant extérieur à l’univers reflété par ses soins. L’homme se concentre sur quelques individus choisis dans les Appalaches. La région la plus déshéritée des USA. La plus abandonnée aussi jusqu’à présent, même si elle forme un terreau républicain. Il s’agit d’un tiers-monde habité par un tiers état. Rien ne change jamais ou presque chez les «rednecks», comme le prouve un accrochage rapprochant au Musée Jenisch les œuvres de Kranitz de clichés anciens en noir et blanc. La bagnole défoncée remplace juste la carriole. Et la couleur le noir et blanc.
Que retenir d’autre à «Images»? À la salle du Castillo, qui joue ici les points de ralliements, JR nous offre une sorte de photomaton géant créé dans le N&B qu’il affectionne. Encore JR. Toujours JR. Un JR en petite forme, même s’il ne tombe pas aussi bas que pour la «Caverne» construite cet été sur le Pont-Neuf parisien. Sunil Gupta s’est dédoublé puisqu’il se trouve avec Charan Singh au Castillo et seul place de l’Hôtel de Ville. Il s’agit les deux fois de parler des atteintes aux personnes homosexuelles, dont les droits tendent aujourd’hui à disparaître d’Afrique, ce qui n’est bien sûr pas dit. Ange Leccia retravaille en vidéo avec de savants ralentis les images du film «La fièvre du samedi soir» (que je souviens d’avoir vu en 1977) à l’église Sainte Claire. Un exercice assez stérile. Annelies Štrba dévoile son passé familial sur triple écran dans les combles du Château. On se souvient que la femme avait subi bien des ennuis pour avoir montré sa fillette nue. Il y a comme de bien entendu, puisqu’ils font partie de l’ADN de la manifestation, des tirages géants tendus sur les murs aveugles de la ville. Martin Parr en face de la gare. Vik Muniz sur une aile du luxueux hôtel des Trois Couronnes. Lucia Koch (et c’est là une réussite) à travers la façade de l’ancienne prison. L’artiste troue le mur pour montrer le ciel au-delà d’une fenêtre imaginaire.
Ce n’est bien sûr pas tout. Bien d’autres choses demeurent à voir dans des lieux changeant suivant les éditions. On a ainsi connu «Images» dans une friche immobilière devenue un énorme Denner. Il y a eu des visites dans une ancienne pharmacie abandonnée de la rue du Théâtre qui s’était gentiment fossilisée avec le temps. C’est aujourd’hui un tea-room propret. En revanche, les visiteurs peuvent aujourd’hui se rendre dans les dépendances du château de l’Aile, qui a subi depuis la création du festival une restauration exemplaire. Il s’agit cette fois d’utiliser avant rénovation les espaces secondaires, mais patrimoniaux, de la cour. La Grenette sert à vendre des livres sur le 8e art. La chose en fait un marché attrayant, plein de nouveautés et d’ouvrages devenus rares. On est autrement ravi d’arpenter une Grande Place prise dans des transformations qui vont durer jusqu’en 2028. La ferraille de l’affreux parking devrait (conditionnel) faire place à du végétal. Voilà qui changerait la ville, et par conséquent la vie.
Je n’ai bien sûr pas tout évoqué. Il y a ici énormément. Sans doute même un peu trop. La Becque et La Tour-de-Peilz, deux localités voisines, se sont ainsi vues squattées par manque de place. J’aurais aussi pu vous parler des âges de la vie, photographiés au fil du temps chez les mêmes personnes par Barbara Davatz. De la lutte turque et de ses corps huilés, vus par Abdulhamid Kircher. Ou du contenu des réfrigérateurs japonais entrouverts par Tokuko Ushioda. Mais ce serait en quelque sorte déflorer le sujet. «Images» appelle à la découverte. Je referme donc les frigos.
Pratique
«Images», partout dans la ville, Vevey, jusqu’au 27 septembre. Tél. 021 922 48 54, site https://images.ch On visite tous les jours de 11h à 19h. Tout reste gratuit. Le promeneur dispose d’un dépliant bleu au graphisme particulièrement laid. Du moins à mon avis…
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