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Opinion

Galeries genevoises
Sonia Zannettacci lance son lieu actuel avec les «Nouveaux Réalistes»

La femme reste rue Henri Fazy. Dans un espace plus lumineux, les visiteurs retrouvent Tinguely, César ou Niki de Saint Phalle.

Œuvre d’art aux tons bleus et verts représentant le portrait d’une jeune femme aux cheveux courts, style pop art psychédélique
Mimmo Rotella, l’Italien du groupe constitué par le critique Pierre Restany.
Succession Mimmo Rotella, Galerie Zannettacci.

Elle a déménagé. Oh, pas de beaucoup! Si certains changent de ville, de quartier, de rue ou de maison, Sonia Zannettacci s’est contentée de prendre l’arcade d’à côté, rue Henri Fazy dans la Vieille Ville. Le spectaculaire immeuble de la fin du XVIIIe reste hélas sous bâches. Travaux, comme partout à Genève. Un chantier qui s’éternise. Il aurait dû être terminé ce printemps. Tout reste bloqué, alors que l’automne s’installe. Il y aurait en plus du gros œuvre un problème de vitres. Un modèle à l’ancienne s’était vu retenu. Trop archéologique apparemment, le vitrage adopté produisait des effets si bombés qu’on se serait cru dans un palais des miroirs pour fêtes foraines d’antan. Il faut par conséquent recommencer à zéro. Une «genevoiserie» de plus.

Sculpture cubique en métal compressé aux couleurs vives: bleu, jaune et rouge, aux textures froissées, sur fond gris neutre.
La compression de César, qui pèse paraît-il très lourd,
Succession César, galerie Zannettacci,

Il n’empêche que l’ambiance se révèle toute différente que dans l’ex-galerie d’à côté, où Sonia s’était installée en 1980. Je m’en souviens parfaitement. La femme était alors la «petite nouvelle», alors qu’elle constitue aujourd’hui la doyenne genevoise de la profession. 47 ans d’activité… Cette aînée porte beau, on le sait. Elle n’a pas changé depuis ses débuts avec ses cheveux blonds tirés en arrière et son costume pantalon, qui était prince de Galles pour l’ouverture de son nouveau lieu lundi soir. Tout semble d’autant plus immuable chez elle que Sonia a toujours suivi une ligne. La sienne. C’est avant tout celle du «Nouveau Réalisme», qui faisait florès à Paris dans les années 1960. Il y avait là une réponse européenne au pop art venu d’Amérique. Une attention accrue accordée aux objets, qui devenaient ainsi des sujets. Les affiches, que l’on déchirait. Les rebuts, qui recevaient une nouvelle vie. Des accumulations donnant une idée à la fois d’abondance et de consommation.

Sculpture en relief représentant des instruments à vent en laiton doré et cuivre, partiellement enfouis dans une surface texturée gris-brun.
Le «Taïaut taillé» d’Arman.
Succession Arman, galerie Zannettacci,

Sonia Zannettacci montrait alors des artistes vivants. Elle règne de nos jours sur un musée. Tout le monde est mort, ou peu s’en faut, Les œuvres disposées dans un nouvel espace plus lumineux comprenant le rez-de-chaussée de plain-pied (1) plus un sous-sol devenu fréquentable après travaux, sont du coup devenues historiques. Leur côté provocateur s’est émoussé, mais pas la réussite esthétique. On ne saurait demeurer éternellement d’avant-garde. Pour l’inauguration de cette enseigne bien plus visible de la rue que l’ancienne (mais avec moins de murs pour accrocher des tableaux), la galeriste a sagement choisi de se limiter à quelques têtes d’affiche pour sa rétrospective du «Nouveau Réalisme». Elle montre de chacune d’elles un large choix de pièces. Une douzaine parfois. Le visiteur peut ainsi affronter frontalement Jean Tinguely, Arman, Jacques Villeglé ou François Dufrêne. Et découvrir tout de même au passage des réalisations isolées de Christo, Daniel Spoerri, Niki de Saint Phalle ou Mimmo Rotella. La place ne se révèle pas infinie dans ce qui fut un jour (mais il y a longtemps, l’arcade étant restée vide des années) la galerie Daniel Besseiche d’assez triste mémoire.

Sculpture abstraite en métal rouillé sur roulettes, assemblage de pièces mécaniques et ferronnerie formant une silhouette humanoïde.
Le Tinguely de la bonne époque.
Succession Tinguely, galerie Zannettacci.

Quelques œuvres sortent du lot. Normal. C’est la règle de ce genre compliqué à doser que forment les expositions, même commerciales. Je retiendrai ainsi d’Arman le «Taïaut taillé». Le petit «Rue de l’Équerre» de Jacques Villéglé, un arrachage d’affiches précoce puisqu’il remonte à 1963. Une compression métallique de César qui a dû se voir hissée là en dépit d’un poids extravagant. La table «Jeu de Paume» dressée avec ses restes alimentaires collés par Daniel Spoerri. Si j’ai droit à un second César (mais après tout certains acteurs peuvent bien les cumuler!), je prendrai encore l’«Autoportrait». Un visage créé avec des éléments de mobylette, et mis ensuite sous cloche. Il y a là de la dérision et de la fantaisie. Un certain humour aussi, dont Sonia Zannettacci elle-même sous ses airs sérieux ne me semble pas dépourvue.

(1) Finies donc les hautes marches qu’à nos âges on ne peut plus touts et tous grimper!

Pratique

«Le Nouveau Réalisme», galerie Sonia Zannettacci, jusqu’au 31 octobre. Tél. 022 311 99 75, site https://zannettacci.com Ouvert le lundi de 14h à 19h, du mardi au vendredi de 10h à 12h et de 14h à 19h. Le samedi de 11h à 17h. La galerie participe au vernissage collectif d’AVV, ou Art en Vieille Ville, le 16 septembre de 16h à 21h. Elle propose des films «Autour du Nouveau Réalisme» au Ciné 17, rue de la Corraterie, le 17 septembre à 11h30.

Esquisse architecturale d’une vitrine de magasin avec cadre vert vif, panneaux blancs et toit sombre, avec annotations de dimensions
Le panneau de Christo (et Jeanne Claude).
Succession Christo, galerie Zannettacci.