Exposition à Lausanne Prix Manor Vaud, le Martiniquais Lucas Erin créolise le MBCA
À 36 ans, l’artiste n’est pas un inconnu. Il propose à l’Espace Projet des installations faites avec de la tôle et des fleurs de bronze.
Je vous l’ai souvent expliqué. Il existe en Suisse douze Prix Manor (ex-Prix Placette), liés aux villes dans lesquelles se trouvent ces magasins du groupe Maus. Cette politique peut paraître ambitieuse. Elle vise en fait à refléter des scènes locales, même si ces dernières regardent un peu partout comme si elles étaient l’Argus aux mille yeux de la mythologie gréco-romaine. Il existe donc un Prix Manor vaudois. Il se voit accueilli comme les autres dans un musée. Le MCBA de Lausanne en l’occurrence. Lucas Erin s’est vu distinguer en 2026. Il a donc aujourd’hui droit à sa présentation dans l’Espace Projet de l’institution, situé au rez-de-chaussée après la librairie. La curatrice est Nicole Schweizer, qui se multiplie cette année. Il faut dire qu’elle est ici Madame Art contemporain, et que le lieu se voue ces temps à la création actuelle.
Sur quelque 200 mètres carrés Lucas Erin se déploie donc. L’homme est un Franco caribéen établi en Pays de Vaud. Il a 36 ans. C’est fou ce que le caractère ethnique prend d’importance en ce moment, alors même qu’on se refuse depuis longtemps à l’idée rétrograde d’«écoles nationales». Le plasticien a déjà bénéficié de plusieurs expositions à Lyon, à Paris ou à Genève, mais dans des lieux selon moi marginaux (Kiss Then Burned reste connu des seuls élus dans notre ville). Il sort comme il se doit de l’ECAL, où il a terminé ses études en 2016. Le Prix Leenaards lui a déjà été décerné il y a quatre ans. Bref, Lucas est intégré au monde culturel, alors même que son œuvre se présente comme «une forme de résistance à la normalisation sociale». On sait que l’art contemporain, à l’instar du monde universitaire, n’a pas peur de la contradiction.
Il n’y a pas grand-chose dans l’Espace Projet. Le plus visible se compose de panneaux de tôle ondulée récupérés, sur lesquels l’artiste fait dégouliner des tiges en fils électriques et des fleurs de bronze. Des murs blancs sortent, comme s’il s’agissait de canalisations, des tuyaux dont goutte un peu de métal. Une table avec du thé bleu et des verres bas de gamme décorés de personnages BD sert à un rituel pratiqué le mercredi. Tout cela se voit expliqué par un texte de salle pour le moins long et complexe. Je me suis demandé s’il visait à éclaircir, ou au contraire à obscurcir encore davantage le propos. Il y a là toute une posologie, comme pour les médicaments. Je vous citerai un exemple, pris au début. «Nourri par des penseur.euse.x.s de la créolisation, revisitant dans son ancrage martiniquais au prisme du lien à la terre et aux plantes qui s’y développent, l’artiste travaille par associations, récupérations, déplacements pour laisser advenir de nouveaux possibles.» C’est-y pas beau tout ça? Je n’ai rien contre la créolisation, fer de lance de Jean-Luc Mélenchon. Mais ne pourrait-on pas dire aux gens les choses de manière plus simple?
Pratique
«Lucas Erin, La ronde», MCBA, 10, place de la Gare, Lausanne, jusqu’au 14 février 2027. Tél. 021 318 44 00, site https://mcba.ch Ouvert du mardi au dimanche de 10 à 18h. Jusqu’à 20 heures le jeudi. Entrée gratuite.
Vous avez trouvé une erreur? Merci de nous la signaler.